Interview with Trey Azagthoth (September 2003)
by Niko

from Obskure

Morbid Angel est un groupe culte de la scène death metal. Mais au-delà de la musique, Morbid Angel est également connu pour tenir des discours très biscornus, mystiques et alambiqués. Nous avons saisi notre chance de nous entretenir avec Trey Azagthoth, maître à penser et guitariste de l’entité Morbid Angel. Le moins que l’on puisse dire est qu’une fois encore, Mr Azagthoth ne faillit pas à la règle qu’il s’est imposé. Accrochez vous !


Comment vous sentez-vous, sur un plan personnel, après l’enregistrement d’un album aussi intense et sombre qu’ «Heretic» ?
Trey Azagthoth : Je pense que l’album est excellent. Il y a des idées fraîches dessus et beaucoup d’émotion, ce qui fait que beaucoup de gens vont l’apprécier. Nous avons mis énormément de nous même dans cet album pour proposer quelque chose de nouveau. C’était fatiguant mais vraiment intéressant.

«Heretic» est un disque oppressant, qui arrive à faire naître une sorte de peur, avec des atmosphères incroyables. Comment avez-vous imaginé ces ambiances ?
Je pense qu’il s’agit de l’énergie que nous ont transmise les anciens. Au travers de nos méditations, nous rentrons en résonances avec l’univers : l’univers parle alors de lui-même par notre musique. Artistiquement, c’est une expérience unique de te laisser guider par l’Esprit, sans aucune contrainte. Nous n’avons pas à nous asseoir pour composer ou répéter. Nous ne pensons pas à ce que les gens attendent de nous, nous laissons simplement l’énergie qui nous est communiquée sortir par nos instruments.

Cette inspiration provient-elle d’une sorte de flash ou d’une méditation plus profonde, comme une possession ?
Je pense qu’il s’agit d’une réflexion du grand océan de pensées et d’histoire de l’humanité. Si je parle pour moi-même, mes croyances me poussent à penser pour ma personne, à utiliser ma liberté de penser pour décider de ma vie. Quand tu entrevois le rythme de l’univers, la plénitude s’installe et les choses s’éclairent. Je partage ma vision du monde par mon art avec les gens qui veulent en prendre conscience.

Pensez-vous qu’être seulement trois sur cet album vous a aidé à concentrer vos idées et cette méditation ?
Je préfère travailler seul pour me concentrer sur le travail d’écriture, sans m’embarrasser d’un autre guitariste. J’ai composé presque la totalité de cet album seul car c’est plus facile ainsi. Ensuite je montre mes idées à Pete (Sandoval – Batteur. ndlr) et il réfléchit dessus, me conseille quelques idées de guitare car il est également guitariste… Avec ses idées, je retravaille pour conclure les chansons sous leur forme finale.

Doit on voir Morbid Angel comme un duo fondateur avec Pete et toi ou un trio incluant Steve Tucker ?
Pour cet album, toute la musique a été composée avant les paroles ou même les lignes de chant. C’est la façon de travailler qui nous convient le mieux : j’aime arriver à créer une musique excitante par elle-même, sans avoir besoin de parole pour créer une tension. Bien sûr que pour nous les paroles sont importantes, mais la musique elle-même est la priorité de Morbid Angel. De plus, cette méthode force le chant à être très bon car il n’y a aucune possibilité de faiblesse. Une fois la musique composée, j’ai contacté Steve pour savoir s’il aimerait retravailler avec nous. Je lui ai présenté les compos et l’idée générale d’«Heretic», il a apprécié et au final il a fait un boulot excellent. Il s’est vraiment impliqué aussi bien dans les paroles que dans le chant et c’est ce que je cherchais.

Parlons du visuel d’»Heretic». Que doit–on voir dans la symétrie entre les deux représentations de la déesse ?
Il s’agit de la déesse des hérétiques, des païens. Il faut comprendre que chacun dispose de sa liberté pour appréhender ce visuel et cette symétrie : c’est le concept même, les hérétiques ont toujours eu une pensée différente de celle établie. Ainsi, chacun peut appeler cette déesse par nom différent, suivant sa culture. J’aurais pu la nommer Lilith…Tellement de noms pour une déesse aussi importante. Chaque image de la déesse est la réflexion de l’autre, cette dualité qui fait que l’on connaît le bien parce qu’on sait ce qu’est le mal, on connaît le chaud parce qu’on connaît le froid. Cette dualité est à la base de toute vie.

«Heretic» bénéficie d’un son impressionnant. L’avez-vous trouvé rapidement ou vous a-t-il fallu beaucoup d’expérimentation ?
Plutôt que d’aller encore une fois au Morrisson Studios, nous avons reporté notre choix sur une petite structure, le Diet of Worms. Avec les nouvelles technologies, tu peux arriver à des trucs fabuleux ! En plus, cela te permet d’avoir un emploi du temps beaucoup plus flexible, de te laisser le temps de réfléchir. Le prix est très inférieur alors tu peux passer plus de temps. C’est une très bonne expérience. La personne qui nous a enregistré avait déjà travaillé avec nous sur les tournées : il a donc compris très vite le résultat que nous voulions attendre. Tout cela nous a permis d’être libre et d’obtenir le meilleur son que nous ayons jamais eu.

La fin de l’album propose des solos, qui rappellent le CD « Love of Lava » qui était donné avec la réédition de «Formulas Fatal To The Flesh». Est-ce un nouveau cadeau que vous faites aux fans ?
On peut le voir comme cela. Je trouve intéressant d’écouter des solos sans aucune perturbation derrière, c’est un autre point de vue. Les fans n’ont jamais l’occasion d’entendre Pete jouer de la batterie sans une guitare, alors que pour les musiciens ce peut être très formateur. Nous avons donc choisi de présenter ce versant aux fans. C’est un peu comme un soundcheck de concert mais en privé !

Doit-on s’attendre à une sorte de « Love of Lava II » ?
Tout à fait ! Le CD sera vendu en de multiples formats. L’un intégrera plus de titres comme ceux-là, et un autre proposera un CD entier de solos, pour ne citer que ceux-là. Ca ressemble un peu à des CDs bonus, comme dans les jeux vidéos.

Auriez-vous envie de sortir un jour un DVD dans l’esprit de « The Song Remains the Same » de Led Zep, par exemple la bande son d’»Heretic» accompagnée par votre vision des images de vos méditations ? Ou alors préférez-vous vous concentrer sur l’aspect live de Morbid Angel en vidéo?
Ce serait très intéressant ! Mais je n’ai aucune idée à l’heure actuelle du résultat final.


En ce qui concerne les remixed du groupe Laibach : était-ce un projet qui vous tenait à cœur et allez-vous reconduire l’expérience ?
Honnêtement, je ne porte aucun intérêt à Laibach. C’était le truc de David Vincent : il nous a présenté le projet et cela nous a paru intéressant à l’époque, mais maintenant je n’aime plus trop ce qu’ils font.